Pantin, mode TDAH activé
- godindelphine
- 1 oct.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 2 oct.
Chez moi, les journées ne commencent pas : elles s’enchaînent.
Dès le réveil, je ne suis plus Delphine, je suis une marionnette.
ou tout mon corps, mes gestes, mes pensées tirés par des fils invisibles : TDAH, hypersensibilités, TOCs.
Je distribue pancakes, traitement, fleurs de Bach, magnésium comme une automate. Je pars travailler, en m’organisant toujours pour les récupérer à la sortie du collège, pour limiter leur fatigabilité.
Le mercredi midi, j’arrive à courir juste après les avoir récupérés à 11h10, et juste avant de préparer le déjeuner. Dès que je reviens, je me douche puis je me mets aux fourneaux. Hier, j’ai oublié de me doucher avant de monter le repas à Alexandre : fatalement, il a refusé mon plat, jugé “sale” parce que j’avais transpiré. Résultat : je recommence. J’accepte de recommencer, parce qu’il ne le fait pas exprès. Et il faut bien manger.
Et puis la journée s’effile vite. À peine le temps de souffler qu’il faut déjà enchaîner avec les devoirs, le repas, le travail de dernière minute… avant que ne s’ouvre le tunnel du soir.
20h00.
Alexandre coupe les écrans, paf, direction douche.
Hop, ressort, paf, réclame un œuf sur le plat parce qu’il a encore faim.
Je descends, je fais l’œuf, je remonte.
On révise sa physique, je reformule avec des mots plus simples pour que ça rentre.
En parallèle, je répète à Clémentine : « Prépare ton cartable, prépare ton cartable… »
Paf, re-révision.
Hop, je le couche.
21h00. Clémentine bouquine dans son lit et réclame son cacao. Je dois y aller, parce que si elle ressort de sa chambre, elle devra recommencer tous ses rituels de sécurité.
Alors je choisis de descendre le préparer. Pas pour céder, mais pour limiter sa souffrance.
Je remonte avec le cacao, et une fois sur deux j’ai oublié les cookies.
Redescente express. Remontée en nage, la gorge brûlante, comme si j’avais couru un semi-marathon dans mon escalier.
Et au milieu de ces allers-retours, il faut penser à la mélatonine.
La donner à l’heure exacte, pas trop tôt, pas trop tard.
Avant, j’y pensais naturellement. Aujourd’hui, mon cerveau est tellement saturé qu’il me faut une alarme pour ne pas oublier.
Et même quand je crois avoir réussi, rien n’est gagné.
Comme ce soir : je suis allée dans la chambre de Clémentine, j’ai vu qu’elle n’avait pas pris ce que je lui avais donné. Les comprimés étaient posés, intacts. Elle a oublié.
Résultat : trente minutes de sommeil envolées. Et moi, folle de rage, impuissante face à cette fatigue qui s’allonge.
21h30. Extinction des feux ? Pas chez nous. C’est l’heure des rituels TOCs.
Des phrases répétées, encore et encore, que je dois valider pour apaiser Clémentine.
Et moi, je termine la soirée en apnée.
22h00. Je tombe dans mon lit. Mais pas dans le sommeil. Je dors comme un vigile : mon cerveau reste en veille, prêt à bondir au moindre appel.
Même la nuit ne libère pas.
Et à tout ça, il faut encore ajouter ces moments qui piquent plus fort.
Comme ce soir : l’anniversaire de la fille de mon mari, un apéro dînatoire à 19h.
Un moment joyeux, convivial, auquel je ne peux pas participer.
Non pas parce que mes enfants sont petits, mais parce que leurs besoins particuliers m’ancrent ici.
Et, comme si cela ne suffisait pas, il faut encaisser les remarques silencieuses.
Pas forcément dites, mais devinées :— « Elle pourrait faire un effort. »— « Elle pourrait passer, même un petit peu. »
Sauf que ce “petit peu”, pour eux, est un gouffre pour moi. Un énorme, dans une journée déjà pleine à craquer.
Alors oui… grands.
Grands mais prisonniers de leurs troubles.
Et moi, grande, mais clouée à la maison. Parce qu’à 19h, chez nous, le TDAH ne s’éteint pas.




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